Nimbin, une visite hors du temps

Perdue au beau milieu d’une vallée verdoyante, Nimbin est célèbre pour une raison bien particulière qui attire bon nombre de personnes dont principalement des backpackers. Etant très intrigués, nous décidons avec Hélène d’aller là-bas pour voir ce qu’il s’y passe. Comme à chaque fois, nous proposons à nos 2 colocataires et collègues de travail, s’ils veulent venir découvrir Nimbin avec nous. Sans aucune hésitation, ils acceptent l’invitation. Juste après le déjeuner, nous partons dans cet endroit où le temps s’est arrêté dans les années 60.

Dans la rue principale, qui est en fait le seul lieu intéressant à visiter, je suis frappé par l’esprit que véhicule les habitants, les boutiques, les restaurants ainsi que l’auberge de jeunesse. La ville entière est une ode au cannabis ainsi qu’au mouvement hippie ! Les enseignes aux couleurs psychédéliques n’hésitent pas à faire l’apologie de la marijuana, bon pour le corps et l’esprit. Les boutiques vendent tout le nécessaire afin de préparer et fumer correctement la beuh : bong, grinder… Mais aussi des bibelots et vêtements, fabriqués artisanalement par des locaux, aux couleurs multicolores, dans un esprit très hippie.

Une autre chose étonnante, quasiment tous les articles publiés dans le journal de la ville (distribué gratuitement dans les magasins) ont comme sujet principal le cannabis. En le feuilletant un peu, j’apprends que chaque année, vers le mois de Mai, a lieu ce qu’ils appellent Mardi Grass. Jeu de mot amusant faisant référence à Mardi Gras, célèbre fête que j’ai pu voir l’année dernière à Sydney. Mais ici, le style est légèrement différent. En anglais, Grass signifie Herbe. Vous l’aurez donc compris, cet évènement est l’occasion de rendre hommage au cannabis en défilant dans les rues de Nimbin sur un char ayant la forme d’un joint géant.

Dans les rues, nous nous faisons régulièrement accoster par des personnes nous demandant si nous cherchons de la beuh. Je pense que dans l’après-midi, 4 ou 5 individus nous en ont proposé. Etant venu uniquement en mode touriste et ne fumant ni cigarette, ni joint, je refuse poliment. Tient, parlons des habitants. Nimbin est composé principalement de vieux soixante-huitards, des zonards assis sur le bitume qui devraient prendre une bonne douche et de jeunes avec des dreadlocks et piercings au style vestimentaire douteux… Je crois que si Cristina Cordula venait ici, elle aurait une attaque et répèterai sans cesse : « Oh La La, ma chewie c’est pas possible ! ». Si vous trouvez que j’exagère, regardez les photos ci-dessous de quelques personnes que j’ai rencontrées et on en reparlera.

Devant l’entrée d’un jardin privé ouvert au public, j’observe des gens aller et venir constamment. Nous partons voir ce qui vaut le coup d’œil et nous comprenons que les gens ne s’arrêtent pas là pour la beauté des plantes. Le jardin est dans un état assez préoccupant avec du mobilier cassé, rouillé, proche de la décomposition. Dans un coin un peu caché, au fond du jardin, nous comprenons alors ce qui attire tant les gens. Un dealer a installé un stand avec petites pochettes, balance pour mesurer le grammage de la beuh, vendue principalement à des backpackers. J’apprendrai plus tard qu’il s’agit du meilleur dealer de la ville qui vend un cannabis de qualité. Gentiment et avec le sourire, l’assistant du dealer nous demande si nous venons pour acheter quelque chose et encore une fois nous déclinons la proposition.

Nous repartons dans la rue principale et allons dans un café pour faire une petite pause. Toute la décoration du café est un hommage à la marijuana. A l’entrée, un panneau de bienvenue qualifie Nimbin de capital du cannabis en Australie. Une affiche démontre les bienfaits de la beuh, produit illégal en Australie, en comparaison des effets négatifs de l’alcool qui est légal. Il y a aussi une explication sur l’utilisation du cannabis en tant que produit médicamenteux, apaisant les douleurs et utilisé pour les cancéreux. Au comptoir, je commande un chaï latte de taille moyenne au serveur. Je crois que nous n’avons pas la même conception des mesures. Je me retrouve avec un plateau où est posée une théière remplie à ras bord, 2 tasses et un pot de miel pour sucrer mon chaï. Etonné, j’essaie de maîtriser un fou rire car c’est bien la 1ère fois que j’ai droit à ça. Nous partons nous installer dans le jardin situé à l’arrière du café pour déguster le chaï latte que je partage avec Hélène au vu de la quantité.

A peine posés, une dame d’un certain âge, à l’élocution lente et un peu aléatoire, nous propose d’acheter des space cakes qu’elle a elle-même confectionnés. Pour ceux qui ne connaissent pas, le space cake est un gâteau dont l’ingrédient secret est… Je vous laisse deviner… Le cannabis ! L’histoire ne dira pas si nous en avons acheté ou non. A la vue de mon t-shirt où sont imprimés Kurt Cobain & Amy Winehouse, cette dame très sympathique s’assoit à côté de nous et nous tape la discute. Elle me parle du jour où Kurt Cobain est mort mystérieusement. Durant la nuit, elle a eu comme une crise d’angoisse et s’est réveillée en sursaut, sentant que quelque chose de grave c’était passé quelque part dans le monde. Elle apprendra le lendemain que l’on a retrouvé le corps sans vie de Kurt. Elle nous fait également part de sa théorie comme quoi sa femme, Courtney Love, aurait commandité le meurtre, le faisant passer pour un suicide (j’avoue que personnellement à ce sujet, je suis d’accord avec elle).

Au bout d’un moment, cette dernière nous quitte et nous repartons pour finir notre visite de Nimbin. Nous tombons alors sur un jeune chanteur qui fait partager son amour de la musique avec je pense un morceau de sa composition. Bien entendu, il incite les gens à faire un don en laissant ouvert l’étui de sa guitare avec quelques pièces à l’intérieur. Je pense qu’il a dû mettre lui-même l’argent car sa musique est une horreur à écouter. Il chante tellement faux que j’ai failli lui donner 5$ pour qu’il arrête de jouer. Je ne suis pas un expert pour juger mais bon je pense qu’une majorité de personnes seront d’accord avec moi. D’ailleurs, je vous laisse écouter sa performance dans la vidéo ci-dessous. S’il vous plaît, essayer de vous contenir pour ne pas éclater de rire. Après, comme on dit l’art est subjectif…

Ayant fait le tour, je propose aux autres de quitter cet endroit étrange. Je n’ai pas fumé et pourtant j’ai comme la sensation d’être assommé et mes gestes sont au ralenti. Vu le nombre de fumeurs, peut-être que l’air ambiant est saturé de marijuana et que mon corps en ressent les effets. Nous avions prévu de rester l’après-midi entière mais sincèrement, je ne vois ce que nous pouvons faire de plus ici. Au lieu de 3h, la visite a duré seulement 1h et encore nous avons pris notre temps… A la voiture, Hélène propose de passer par Minyon Falls, une cascade située non loin d’ici qui vaut le détour paraît-il. Ayant largement le temps, tout le monde accepte bien entendu.

Nous quittons Nimbin et ses habitants pour retourner à la réalité que j’avoue être pressé de retrouver. Les baba cools c’est sympa mais passer 1h de plus en leur compagnie, ça aurait été difficile. Je pensais en avoir fini avec les gens « spéciaux » mais arrivés à Mynion Falls, nous tombons sur un couple de la même trempe que les habitants de Nimbin, ayant un comportement suicidaire. Parlons tout d’abord de la cascade qui est assez impressionnante & magnifique. L’eau s’écoule d’une hauteur vertigineuse. Il ne faut pas vraiment pas avoir le vertige pour l’observer du point d’observation où nous sommes. D’ailleurs, des panneaux indiquent aux touristes de faire attention à ne pas trop se pencher et à surveiller leurs enfants.

Je pense que le couple de hippie n’a pas du bien lire ça car l’homme se tient sur la balustrade et essaie de garder son équilibre tout en faisant tournoyer un bâton. Avec le vent, il a du mal à rester stable et manque de tomber de temps en temps. A chaque perte d’équilibre, nous prions pour qu’il ne tombe pas de la falaise et devoir alors appeler les flics ou pompiers pour les informer de l’accident. Du coup, nous avons du mal à apprécier le paysage et prenons quelques photos avant de retourner à la voiture et rentrer à la ferme.

Cette après-midi aura été bien étrange voire irréelle. Je ne m’attendais vraiment pas à ça et je ne pense pas que je retournerais une nouvelle fois à Nimbin. La visite aura été quand même très amusante et je ne regrette pas d’être venu pour voir sous mes yeux un spectacle où j’avais l’impression d’être au pays des merveilles. D’ailleurs, maintenant, je soupçonne Alice d’être une fumeuse de cannabis et non plus une petite fille à l’imagination débordante.

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