Bilan de l’expérience des 88 jours

Peut-être est-il un peu tôt pour avoir un avis objectif mais au vu de tout ce que j’ai vécu, je trouve qu’il est temps de faire un bilan de cette aventure. J’ai rempli tous les critères afin d’avoir mon 2nd visa :

  • Travailler dans l’industrie agricole – OK
  • Travailler dans une des régions éligibles pour l’obtention de la 2nde année – OK
  • Faire 88 jours de travail – OK

Sur ce dernier point, j’ai même fait un peu de zèle en finissant avec 103 jours que je terminerai vendredi prochain (encore 5 jours de boulot à tenir).

received_10153857298379315

Avant de partir dans cette aventure, je m’étais renseigné sur ce qu’est le travail en ferme (à l’époque je ne savais pas encore que les jobs en usine faisaient partie des jobs éligibles). En surfant un peu sur Internet, je suis tombé sur plusieurs blogs de backpackers Français, Anglais, Italiens… qui, comme moi, avaient décidé de garder en mémoire leurs aventures & souvenirs. Tous avaient le même point de vue sur cette expérience. Cela se résumait en une phrase : « Parfois, le travail était dur mais ça a été une très belle expérience que je referais sans hésiter ! ». Ceci étant souvent accompagné d’un smiley qui sourit et d’un autre qui pleure car c’est déjà terminé.

Maintenant, en lisant de nouveau ces articles montrant le BONHEUR que c’est d’être backpacker en ferme, je ne peux m’empêcher de penser au sketch de Florence Foresti, dénonçant la censure de parler de l’horreur de la grossesse.

Quel rapport avec moi me direz-vous. C’est très simple, tout comme elle, je souhaite mettre les choses au clair et dire enfin la vérité vraie sur le travail en ferme/en usine pour l’obtention du 2nd visa. Plusieurs mots me viennent rapidement à l’esprit pour définir cela : pénibilité, ennui, tristesse, déprime, colère, pleurs, chaos…Sincèrement, je pense que les backpackers ont dû être financés, sponsorisés ou peut-être menacés pour n’en ressortir que du positif sur leur blog et ne pas effrayer les générations futures…

« C’était un peu dur comme boulot » est un euphémisme. C’est juste l’horreur qui est plus morale que physique. Le pire, c’est que mon travail en usine ressemblait à des vacances au soleil comparé à mes amis de galère en ferme.

Cela commence dès le réveil où je devais me lever très tôt, dans la nuit noire, pour me préparer et démarrer à 5h du matin à Cairns et 6h à King Island (wouhhhh 1h de plus, grasse matinée). Ensuite, la torture mentale a commencé. Pendant 8h, je répétais les mêmes gestes comme un automate sans faire une fois travailler mon cerveau. Sans cesse en train de regarder mon téléphone, les minutes paraissaient interminables. Comme Anakin Skywalker, je suis passé du côté obscur de la force. Le jeune Padawan que j’étais s’est transformé en seigneur Sith. Je reprendrais la citation de Maître Yoda qui s’est avérée juste pour mon travail dans le Queensland : « La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance ».

9ee0a188d91da1e02f96cb4b1c7220cf

Au départ, ayant peur de perdre mon travail et de ne pouvoir avoir ma 2nde année, je me suis donné à fond afin de montrer mon sérieux et mon « professionnalisme » au supervisor. En voyant que ce dernier demandait toujours plus aux backpackers et toujours moins aux Australiens, ma peur s’est transformée en colère. C’était injuste de nous faire travailler 2 fois plus pour au final être moins bien payé que ceux qui discutent et font tout pour en faire le moins possible. Au fil des jours, cette colère s’est transformée en haine de ce travail, du supervisor, des collègues Australiens… Cela a atteint son paroxysme lorsque vous déprimez à l’idée même de vous lever pour aller bosser, sachant ce qui vous attend sans pouvoir dire un seul mot sous peine d’être licencié. Une vraie souffrance mentale !!! Fin Mai, lorsque l’on m’a bien fait comprendre que ce n’était plus la peine de revenir, je suis alors passé du côté obscur de la force. Pendant quelques minutes, j’ai pensé à mettre le feu à cette usine et détruire le supervisor ainsi que tous les travailleurs paresseux.

J’allais aussi oublier l’inconfort que c’est de vivre dans un camping pendant 2 mois : dormir sous une tente que l’on doit partager, se laver dans des douches communes, des toilettes insalubres, aucune intimité, se sentir constamment sale… Tout ceci était exquis, un vrai plaisir (c’est ironique).

Concernant mon travail à King Island, la souffrance est différente mais quand même bien présente. Le boulot est toujours ennuyeux même si un peu plus diversifié. Point positif (enfin un), mes collègues de travail sont très sympas, attentifs et à l’écoute. Aucune distinction, aucun traitement de faveur pour les Australiens. Tout le monde est au même niveau. Pour le logement, c’est aussi positif. Allez, je vais utiliser un smiley qui sourit 🙂 Adieu le camping & la tente, Bonjour la maison propre avec ma spacieuse chambre tout confort.

Après la lecture de ce dernier paragraphe, vous devez sûrement penser « Mais de quoi il se plaint ??? ». Malgré les collègues de travail & le logement, la vie sur l’île est horrible. Autant dans le Queensland j’étais entouré d’amis qui te soutiennent dans les moments durs, autant ici je suis seul. Depuis le 29 Mai, je vis une aventure monacale, même un ermite s’éclate plus que moi. Solitude, ennui et dépression résument bien cette expérience sur une île peuplée d’environ 1 000 habitants – Wikipédia vous dira qu’il y a 1 800 personnes sur King Island mais depuis le dernier recensement, environ 800 personnes sont parties (décès ou déménagement sur le continent). Il n’y a vraiment rien à faire et si vous n’avez pas de voiture c’est encore pire. Aucune possibilité de visiter l’île, dépourvue de transport en commun. La météo n’arrange rien avec le froid, la pluie, le vent glacial et même la tempête. Seules activités des habitants de Currie, regarder le samedi un match de Football Australien des équipes locales en buvant de la bière ou aller dans un pub consommer son salaire en alcool. N’étant ni amateur de Football Australien, ni d’alcool, vous comprendrez ma douleur, mon ennui.

Durant ces 5 mois, j’ai eu l’impression de vivre comme dans le roman Germinal d’Emile Zola – Bon, là j’avoue que j’exagère. Cependant, à Mareeba, mon ressenti n’était pas très loin de celle d’Etienne Lantier mais contrairement à lui je n’ai pas eu le courage de passer à l’acte 😛

En résumé :

  • Est-ce que j’ai aimé, ne serait-ce qu’un petit peu, cette expérience ? NONNNNNN
  • Si je savais ce qui allait m’attendre, aurais-je débuté cette aventure ? J’aimerais dire oui mais non, je ne pense pas. J’aurais peut-être tenté ma chance et demandé ma 2nde année sans avoir fait les 88 jours (les contrôles ne sont pas systématiques) ou je me serais résigné à rentrer en France après 1 an. Cependant, cette question amène une réponse hypothétique qui n’est pas forcément vraie.
  • Est-ce que cette expérience m’a transformé profondément ? Je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup changé. Certains diront qu’ils en ressortent grandi, ont gagné en maturité, apprécient désormais les petits plaisirs de la vie et sont moins superficiels. Bullshit !!! J’attends juste une chose, pouvoir revenir à la civilisation, bronzer sur la plage, m’amuser, sortir avec mes amis et avoir plus de moments de superficialité que durant ces 5 derniers mois.
  • Suis-je heureux que dans une semaine cette aventure soit terminée ? OUIIIIIIIIIII sans aucun doute !
  • Mes plans pour le futur ont-ils changé ? Je pense que oui. En arrivant en Australie et durant les premiers mois, je n’avais qu’une envie c’était de faire ma vie ici. Assez de la France et ses institutions qui veulent vous mettre dans des cases sans pouvoir en changer, où la centralisation sur Paris nous empêche de vivre dans la région que l’on souhaite. Aujourd’hui, je crois que la France me manque et je l’ai ressenti dans ces coups durs où l’on est loin de ses repères, sa famille, ses amis, son confort. Après ma 2nde année, je crois bien que je retournerais en France ou du moins en Europe. Je ne sais pas encore où je m’installerais : Martigues, le Sud-Ouest, repartir sur Paris, Italie, Angleterre… ça reste encore flou pour le moment et cela se déterminera aussi en fonction de mes projets personnels et professionnels. Voyager m’a fait prendre conscience que j’adore mon continent où l’on peut aller d’un pays à un autre facilement et sans se ruiner. Je n’ai jamais autant été fier d’être Européen & Français depuis que je suis ici. Tout n’est pas parfait, je ne partage pas forcément certains choix & mode de pensée trop laxistes, permissifs de certains de mes compatriotes mais cela ne m’empêche pas de vouloir rentrer. Nous avons une culture & un art de vivre que nous envient beaucoup d’Australiens. Il est donc important de les conserver, d’en être fier et de les faire partager aux autres pays. En tout cas, c’est ce que je fais avec mes amis Australiens à qui j’ai fait partager certaines traditions et habitudes qu’ils ont beaucoup apprécié. La bûche de Noël, la crèche, La galette des rois et l’histoire des rois mages avaient eu un franc succès !
  • Essaie quand même d’en retirer des choses positives : Je suis étonné de l’avoir fait. Je ne pensais pas pouvoir surmonter ça et pourtant j’ai réussi. Durant ce parcours, j’ai vu pas mal de gens abandonner ou ne même pas essayer. Pour ma part, j’ai toujours trouvé des solutions à mes problèmes : panne de voiture, trouver un job, travailler malgré le fait de détester son boulot, retrouver un job, vivre sur une île perdue… Je ne sais pas si je peux être fier de moi car je trouve que c’est un bien grand mot pour ce que j’ai fait. En tout cas, je vois que quand je veux quelque chose, je fais tout pour l’atteindre, quitte à traverser des galères. Maintenant, je crois en moi, en mes compétences et mes capacités qui m’aideront pour mes projets futurs.

Je conclurai cet article par les Gifs ci-dessous qui représentent bien mon état d’esprit  :

1) Tel un spartiate, j’ai vaincu tous mes adversaires,

Spartiates article blog

2) Je me félicite d’avoir réussi,

photofunky

3) Maintenant me voilà LIBERE, DELIVREEEEEEEEEE c’est décidé je m’en vais (de King Island).

Reine des neiges article blog

7 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Mireille ferrie dit :

    Tu sais quoi écris un livre sur tes aventures à mon avis ça va être un succès et tu n auras plus besoin de t interroger sur ton avenir gros gros bisous

    J'aime

    1. fabienchan13 dit :

      Ecrire des articles ce n’est pas trop compliqué par contre un livre c’est un peu plus difficile. Je ne sais pas si j’en aurais le courage d’en faire un haha

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s