La Kelp Factory

Je peux enfin reprendre là où je m’étais arrêté à Cairns à savoir finir mes 88 jours. Il reste encore du chemin à faire avant d’obtenir le St Graal mais je ne désespère pas.

Le travail à la Kelp Factory est très différent de celui sur Cairns où mon job se résumait à empiler des cartons. Ici, les tâches sont plus nombreuses et physiques comparées à mon ancien boulot. Le 1er jour, John m’explique un peu le déroulement d’une journée à l’usine :

  • Début de la journée 7h30 – Briefing avec l’ensemble de l’équipe : attribution des tâches à accomplir dans la journée pour chaque ouvrier, point de vigilance/sécurité à régler…
  • Après cette petite réunion, nous partons travailler jusqu’à 9h30
  • 9h30 – 1er Smoko de 15 min
  • 9h45 – reprise du boulot jusqu’à 12h
  • 2ème Smoko de 30 min pour le déjeuner
  • 12h30 – reprise du travail
  • 14h30 – 3ème et dernier Smoko de 15 min
  • Dernière ligne droite de 14h45 à 16h avant la fin de la journée

Soit pour résumer, 8h de travail par jour du Lundi au Vendredi avec de temps en temps des heures supplémentaires : week-end & nuit. Je travaillerai généralement en binôme avec Chris, l’autre backpacker de l’usine.

Les 1ères semaines, nos tâches sont assez basiques et ne nécessitent pas de longue formation. Notre boulot principal est ce qu’ils appellent le « Breaking ». Pour que vous compreniez ce qu’est le Breaking, je me dois de vous expliquer le fonctionnement et l’utilité de l’usine.

Tout d’abord, les Kelps, des algues géantes, échouées sur les plages de King Island, sont récupérées par des « Harvesters » sortes de pêcheurs/agriculteurs liés à l’usine par un contrat de partenariat et payés au rendement. Une fois les Kelps embarquées dans leur camion, les Harvesters viennent à l’usine suspendre les algues fraîches à des crochets. Après cela, c’est aux ouvriers de l’usine d’entrer en action ! Muni d’une sorte de tractopelle, Anthony est chargé de déplacer ces algues pour les suspendre plus en hauteur afin de les faire sécher au soleil ou plutôt à l’air libre (car le soleil n’est pas tellement un invité régulier sur cette île).

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Lorsque les Kelps sont bien sèches, celles-ci sont amenées à la broyeuse et c’est à ce moment-là que Chris et moi intervenons. Nous arrivons à la 1ère étape de la transformation à savoir le Breaking ! Sur une plateforme en hauteur, nous devons décrocher les algues et les faire tomber sur un tapis roulant qui les amène à la broyeuse afin de les découper en plus petits morceaux. D’où le terme « Breaking » qui signifie littéralement « cassé ». Les algues broyées tombent dans un box où elles sont déplacées dans des bennes grâce à un Bobcat (mini pelleteuse) en attendant de passer à la 2nde étape.

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Nous passons alors à une autre machine, le « Dryer » ou sécheuse en Français. Nous déplaçons les Kelps, coupées en petits morceaux, sur un autre tapis roulant qui les amène tout droit à la sécheuse, une grosse machine fonctionnant au feu de bois. Pendant environ 4 ou 5h, les Kelps terminent leur processus de déshydratation avant d’être une nouvelle et dernière fois broyées en tout petit morceau, limite sous forme de poudre.

Le produit final est alors stocké dans de grands sacs pouvant contenir 1 tonne de Kelps. Ces sacs sont ensuite déversés dans des containers, direction le port de King Island. Après un transit à Melbourne, les Kelps sont envoyées en Norvège où elles sont mélangées aux Kelps Scandinaves avant d’être utilisées dans les produits pharmaceutiques, alimentaires, industriels, miniers…

Vous l’aurez compris, l’usine de King Island fait partie d’une multinationale, FMC, dont la maison mère se situe en Norvège et dispose d’usines un peu partout dans le monde : Etats-Unis, Canada, Norvège, Islande, Mexique, Indonésie, Singapour, Australie… et même en France !

L’usine de King Island est par contre, l’une des plus anciennes usines du groupe, datant du début des années 70. La production reste encore très manuelle, comparée aux autres où tout se fait quasiment de manière robotisée. Par exemple, le travail de « Breaking » ne demande pas d’ouvriers dans les autres pays, une machine le fait à la place.

Voilà, vous savez tout sur la production de Kelps que vous ne connaissiez pas, je suppose, et qui pourtant est très utile puisqu’une grande partie des produits de notre quotidien en sont composés. Maintenant revenons à mon travail à l’usine.

En plus du Breaking, Chris et moi sommes chargés de :

  • Récolter du bois, utilisé pour faire fonctionner le Dryer. Une nouvelle fois, le travail est physique car une grosse bûche ce n’est pas léger à transporter.
  • Récupérer les crochets tombés à l’extérieur de l’usine car la météo étant régulièrement peu clémente, beaucoup de Kelps tombent par terre lorsqu’elles sèchent, avant d’être envoyées pour le Breaking. Un crochet coûtant environ 3$ à l’unité, ça fait beaucoup d’argent perdu si on ne les récupère pas.
  • Nettoyer le sol de l’usine.

 

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Puis nous avons eu droit à certaines tâches exceptionnelles comme lorsqu’une terrible tempête s’est abattue sur l’île en Juillet. Toutes les Kelps à l’extérieur étaient tombées par terre. Avec l’aide des Harvesters, nous avons dû les accrocher et les suspendre à nouveau. Ce travail a été particulièrement pénible car en tombant les algues s’étaient emmêlées les unes aux autres, les crochets dispersés de partout sur le sol… Un enfer pour tout défaire ! Nous avons dû travailler un samedi entier pour finir cela afin d’éviter un retard trop important dans la production.

Quelques semaines après notre arrivée, l’équipe nous a formé à la conduite du Bobcat afin d’être plus polyvalents dans l’usine. Ce n’est pas très compliqué à conduire et il ne faut pas de permis particulier pour les utiliser. Du coup, nous avons pu « évoluer » et travailler ainsi sur le Dryer en plus du Breaking.

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Si les 1ères semaines sont passées vites, à partir de fin Juin, Chris et moi avons commencé à ressentir de la lassitude… Toute une journée, à décrocher des algues, c’est long, ennuyeux et pas très intéressant ! Ici, nous avons l’impression que le temps s’est arrêté : les secondes deviennent des minutes, les minutes des heures, les heures des journées et les journées des années. Heureusement, comme je l’avais déjà dit dans un précédent article, l’équipe est très sympa et chaleureuse.

Même si le boulot est physique, je pense qu’il est bien mieux que de travailler dans une ferme. Nous sommes payés à l’heure et non au rendement. Le mot d’ordre ici c’est « no rush », « take your time », l’ambiance est vraiment cool & relax. Puis nous avons eu quelques moments divertissants comme la fois où en récupérant les crochets par terre, nous sommes tombés sur un rat mort, écrasé par une bûche. Ou encore, lorsque nous allons prendre du bois, des oiseaux marins, ayant décidé de faire leur nid juste à côté, nous attaquent. Le couple qui essaie de défendre leurs œufs, est assez agressif, un peu comme dans le film « Les Oiseaux » d’Hitchcock. Ils ont même réussi une fois à faire tomber mon casque de sécurité en fonçant droit sur ma tête. Quelques secondes avant l’impact, j’ai juste eu le reflex de me baisser, je n’ose imaginer ce qui me serait arrivé si j’étais resté droit comme un piquet…

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Il y a aussi des choses plus mignonnes comme :

  • Voir des wallabies te regarder bosser pendant qu’ils sont en train de prendre leur petit-déjeuner,
  • Dire bonjour aux chevaux broutant l’herbe dans l’enclos situé juste à côté de l’usine,
  • Etre approché par de petits moineaux, heureux que tu viennes récupérer le bois, leur permettant de manger les vers cachés entre la terre humide et les bûches…

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Nous avons aussi eu droit à 1 dîner et 2 breakfasts offerts par l’entreprise pour des réunions d’équipe informelles. J’ai beaucoup de chance d’avoir trouvé ce travail pour terminer mes 88 jours mais malgré cela, j’en ai vraiment marre ! Je n’attends qu’une chose, c’est de finir ce boulot pour enfin quitter cette île où je tourne en rond, voyager et me faire plaisir après ces mois de galère !

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