Le départ de Nina

La séparation tant redoutée approche. Dès le départ, il était prévu que Nina ne fasse qu’une partie de l’expérience « en ferme » avec Fabiola & moi. Elle nous avait prévenus qu’à la mi-Mai, elle devait retrouver sa sœur au Vietnam pour les vacances puis revenir en Australie quelques semaines avant de rentrer définitivement en France. A la base, je m’étais préparé à ça mais en pensant que nous resterions 2 avec Fabiola. Les plans ayant changé, je dois affronter ça tout seul désormais.

Durant sa dernière semaine à Mareeba, je commence à stresser par rapport à la suite des événements. J’ai de plus en plus de mal à me contenir au travail et à ne pas dire ce que je pense réellement de l’attitude de mes collègues de travail Australiens. Autant à Sydney j’ai rencontré des gens formidables avec qui l’on peut discuter de tout et de rien, autant ici je suis entouré de personnes inintéressantes, curieuses de rien et ignorantes.

Dernier fait en date, ma collègue Anglaise a voulu parler de voyage avec 2 Australiens au boulot. Elle leur a demandé s’ils avaient déjà voyagé à l’étranger ou en Australie.

  • Réponse de ces derniers : « Je ne vois pas l’intérêt de voyager. Je suis né ici et j’y suis bien donc pourquoi aller vivre ailleurs ? ».

Elle leur répond que partir dans un autre pays n’a pas forcément pour but de vivre là-bas mais plutôt de rencontrer des personnes, s’enrichir humainement et culturellement.

  • Réponse : « Je m’en fous. Je suis parti une fois à Brisbane (Sud du Queensland) et je vais de temps en temps à Cairns, c’est suffisant. Tout le monde veut vivre en Australie, ça prouve que mon pays est le meilleur du monde sinon nous n’aurions pas autant de backpackers ».

Je commence à voir mon amie un peu excédée par ces réponses. Elle réplique en leur expliquant que la majorité des backpackers sont en Australie pour une expérience dans leur vie et que beaucoup d’entre eux veulent repartir dans leur pays d’origine. Ils sont ici pour visiter le continent, se faire de l’argent pour pouvoir ensuite voyager en Asie avant de rentrer chez eux.

  • Réponse « De toute façon, il n’y a rien de plus intéressant que ma vie à Mareeba, j’ai tout ici et si je veux voyager je n’ai qu’à regarder la TV. Ma culture est la meilleure de toute, ça ne sert donc à rien de connaître les autres. ». Puis, il termine sa phrase par un énorme rot.

Quand on entend ça, c’est difficile de ne pas leur répondre qu’au contraire avec ce genre de mentalité, il ferait mieux d’aller voir ce qu’il se passe ailleurs. Enfin, à chaque fois que je suis sur le point d’exploser, je me contiens en me rappelant que je suis ici uniquement pour mes 88 jours et après cela, je voyagerai dans des endroits plus ouverts d’esprit. Les Australiens de Sydney m’avait prévenu que les gens du « countryside » sont très spéciaux (dans le mauvais sens du terme).

Devoir affronter ça quotidiennement sans Nina risque d’être dur mais je n’ai pas le choix. Pour le moment, il faut plutôt penser à fêter son départ qui est une délivrance pour elle et je ne la comprends que trop. Adrien a décidé de refaire une soirée crêpes en milieu de semaine. Il a passé une grande partie de son Mercredi à faire la pâte ainsi qu’une quantité énorme de crêpes qui ont ravi les papilles de tout le monde. Dans la soirée, nous lui demandons ce qui va lui manquer le plus et étonnamment elle a du mal à répondre. Vivre sous une tente, se laver dans des douches communes, ne pas pouvoir s’assoir sur la cuvette des toilettes, faire le même travail répétitif et sans intérêt tous les jours… Non la seule chose positive ici, c’est l’ambiance au camping entre backpackers et les sorties que l’on s’est faites dans le Queensland.

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Le Vendredi soir, nous partons tous dans une pizzeria en centre-ville pour partager une dernière fois un dîner ensemble. Lise, Sophia, Adrien, Ben et moi sommes présents pour féliciter Nina de sa dernière journée de travail. Encore 2 jours et elle sera très loin d’ici à boire des cocktails sur la plage, à dormir dans un lit confortable et visiter des lieux magnifiques avec sa sœur. Je vois dans les yeux de tous, qu’il y a comme une pointe de jalousie. Oui, mes amis, nous sommes encore coincés ici pour plusieurs semaines mais ne vous inquiétez pas, notre tour viendra aussi.

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Le jour J est malheureusement arrivé. En milieu de matinée, nous partons direction Cairns où nous avons décidé de passer la journée avant d’accompagner Nina à l’aéroport où son avion décolle dans la soirée. Beaucoup de monde souhaite venir, si bien que nous devons partir à 2 voitures : Adrien, Chiaki, Lise, Sophia, Denis et moi accompagnons Nina jusqu’à la fin de son aventure à Mareeba. Je propose que l’on se fasse un barbecue et passer l’après-midi au Lagoon avant les séparations. Après avoir fait les courses au Coles de Cairns, nous avons envahi l’espace barbecue avec pour menu ce midi : pain à l’ail, burger, légumes grillés & chips. Un repas bien diététique !

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Tout le monde se met à la tâche et même si je n’aime pas cuisiner, j’avoue que j’ai pris du plaisir à partager ça avec mes amis. Certains sont plus doués que d’autres et l’on rigole de voir les erreurs commises par les plus nuls dont Nina et moi faisons partis. Je suis mauvais en cuisine mais alors Nina me bat haut la main. Quand je repense aux essais ratés que nous avions faits au début de notre aventure. Le pire a été je crois nos pâtes à la crème et au champignon. En une seule bouchée, j’avais eu l’impression que du béton armé était tombé à toute vitesse dans mon estomac. C’était le bon vieux temps. C’est fou comme parfois des expériences désastreuses deviennent plus tard de très bons souvenirs que l’on ne voudrait changer pour rien au monde.

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Cette fois-ci, le repas est délicieux et l’après-midi se passe de la même manière. Avant de quitter le Lagoon, nous faisons une dernière photo de groupe et partons à l’aéroport. Les rigolades de la journée disparaissent à bord de la voiture. Je pense qu’à ce moment-là nous prenons conscience que le départ arrive bel et bien. Arrivés devant la porte d’entrée, nous devons faire face aux aurevoirs qui sont déchirants et plus compliqués pour certains. Chiaki fond en larme, Adrien reste silencieux alors qu’il a toujours quelque chose à dire, Lise retient ses larmes… Je décide de faire les derniers mètres seuls avec elle et au moment de partir nous nous prenons dans les bras. Elle me dit de tenir bon et de croire en moi car je suis plus fort que ce que je pense. De toute façon, nous resterons en contact via Whatsapp et si ça ne va pas, je n’ai qu’à lui envoyer un message, elle sera là pour me remonter le moral. Depuis plusieurs mois, je suis habitué aux séparations mais je crois que celle-ci est la plus compliquée. Les moments de galère rapprochent encore plus les gens. Quand rien ne va, tu es sûr d’une seule chose, c’est que la personne avec qui tu vis cela est là, à côté de toi. Non seulement elle te soutient du mieux qu’elle peut mais en plus elle comprend tout à fait ce que tu ressens puisqu’elle vit la même chose : les pannes avec la voiture, les recherches de boulots en ferme infructueuses, la vie au camping, le travail à l’usine… ont été des moments que je n’aurais pas pu traverser seul. Bien entendu, les bons moments sont encore plus appréciables : les cascades du Queensland, la Great Barrier Reef, Cape Tribulation, Palm Cove, Port Douglas, Cairns… Je suis tellement content de lui avoir proposé de venir avec moi pour vivre cette aventure. Sans Nina, à mon avis j’aurais peut-être déjà baissé les bras.

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Sur le chemin du retour au camping, je me remémore tous ces souvenirs et me fait une promesse. Même si Nina n’est plus là, je me dois de finir mes 88 jours. J’ai lancé la machine avec elle, je ne vais pas l’arrêter maintenant. Puis, je ne suis pas tout à fait seul, les autres sont présents aussi même si ce n’est pas la même chose. Une chose est sure, je vais avoir besoin d’être fort car les prochains jours vont être très compliqués, plus compliqués que ce je ne le pensais d’ailleurs…

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