Le Départ

Le jour J est arrivé et pour l’instant étonnamment je ne suis toujours pas envahi par le stress. Je vois mes amis se levaient au fur et à mesure et partir au boulot. C’est de nouveau le temps des aurevoirs, un moment que je déteste au plus haut point 😦

La matinée se déroule simplement sur le canapé à attendre l’heure du départ… Je refais de nouveau ma valise qui est un peu désordonnée depuis que je suis sur Paris (et oui il fallait que je me change, je n’allais pas rester avec la même tenue durant 4 jours haha).

16h30 – Je reçois un SMS du taxi que j’ai commandé pour m’amener à l’aéroport de Roissy CDG (oui j’avais la flemme d’y aller en RER avec ma grosse valise à transporter dans le  « labyrinthe de Dédale » constitué d’escaliers de toute sorte…). Le chauffeur m’indique qu’il va arriver vers 17h05 devant l’appartement de mes collocs d’un week-end.

17h05 – Le taxi est au RDV, à l’heure exacte de ce qu’il m’avait annoncé. En montant dedans, je vois que je vais partager mon trajet avec une dame d’une quarantaine d’année. La route s’effectue dans un silence de mort, en fond sonore j’entends encore la chanson des Fréro Delavega, le « chant des sirènes ». Décidément ça me poursuit cette musique remplie de mélancolie et de nostalgie. Je ressens alors une drôle de boule au fond de ma gorge mais je n’y prête pas trop attention, ça passera.

18h00 – J’arrive au terminal 2C devant la zone d’enregistrement des bagages de la compagnie aérienne Emirates Airlines que je vais emprunter. Je commence à être impatient, le trajet Paris-Dubaï se fera en A380. Je n’ai jamais eu l’occasion de le prendre, it will be my first time ! J’attends dans la file pour enregistrer mon bagage en soute et mon tour est arrivé. Je suis pris en charge par un homme qui ne me dit ni bonjour, ni merci et pour le sourire et le bon voyage on repassera. Ahhhh le service français est toujours aussi agréable ! Avant de le quitter, il me demande si j’ai un visa en ma possession et si oui quelle est sa période de validité. Je lui indique que j’ai pris un Working Holidays Visa qui expirera le 3 Septembre 2016, un an jour pour jour à partir de mon arrivée sur le territoire d’OZ. Et là, il me contredit, m’informant que mon visa expire en Avril 2016 et non Septembre. Il me signale qu’il faudra donc que je quitte l’Australie 5 mois avant la date que j’ai prévu !!!! Un 1er GRAND stress m’envahit, je lui explique que ce n’est pas possible car le visa s’active uniquement le 3 Septembre 2015 à 7h40 du matin et qu’il doit sûrement se tromper. Il m’affirme sèchement que non et qu’il faudra que je me renseigne auprès du service du gouvernement d’OZ chargé de l’obtention des visas. Je décide de ne plus polémiquer avec lui, je prends mes billets Paris-Dubaï et Dubaï-Sydney et vais m’assoir un peu plus loin, un peu déboussolé…

J’avais fait ma demande de visa en Avril 2015, y aurait-il eu un bug informatique et le visa se serait activé de suite ? Je regarde sur mon smartphone le mail envoyé par le gouvernement australien et il confirme bien mes dires !!! Que faire ? Je retourne le voir ? Non, il y a trop de monde qui attendent leur tour je ne peux pas passer devant tout le monde… A quelques mètres, je vois qu’il n’y a personne au guichet réservé aux voyageurs de 1ère classe. De plus, la femme assise derrière son poste à l’air très avenante et offre à tous les voyageurs un grand sourire chaleureux et sincère. Allez, j’y vais ! Je lui explique ce qu’il s’est passé avec son collègue assis à quelques blocs de son guichet. Elle regarde alors son ordinateur pour vérifier mon visa. J’attends avec impatience sa réponse et là elle me dit de ne pas m’inquiéter : en fait j’ai jusqu’à Avril 2016 pour rentrer en Australie et déclenché mon visa. Passé ce délai, si je prenais un vol Paris-Sydney en Mai 2016, la compagnie Emirates ne pourrait pas me laisser rentrer dans l’avion car là je serais dans l’illégalité. OUFFFFFFFFFFFFFF, mon cœur ralentit aussi vite qu’il est monté quelques minutes avant.

Je me rassois donc et j’attends que Stéphanie et une autre amie Carole viennent à l’aéroport m’accompagner jusqu’à la douane. Elles ne veulent pas me laisser partir seul, sans personne pour me soutenir. Elles sont gentilles mais bon je leur avais dit que je pouvais me débrouiller seul. En attendant mes amies, un homme s’assoit à côté de moi et commence à me regarder bizarrement. Après quelques secondes, il me demande si le sac l’Occitane, posé pas loin de moi m’appartient. Tien, c’est vrai que je n’avais pas remarqué ce sac abandonné. Je lui dis que ce n’est pas le mien, en espérant qu’il me lâche la grappe. Mais bon j’en étais sûr, il revient à la charge et me demande d’où je viens, où je vais… Je lui réponds poliment jusqu’à ce… qu’il m’explique qu’il est Syrien et qu’il part en Turquie ! Pas rassurant cette conversation… Je décide de changer de place, cette discussion ne me met pas trop à l’aise.

Et là, le drame arrive, un flot d’informations remplies ma tête à une allure folle ! Les émotions s’entrechoquent et 2 voix intérieures prennent la parole :

  1. Paniquée et énervée, la 1ère m’hurle que je me suis embarqué dans une galère incommensurable. Qu’est-ce que tu fous ici ? Tu as étudié pendant 5 ans après le bac, passé des concours pour rentrer dans une bonne école de commerce, tu as trouvé un bon boulot dans le marketing, dans une boîte internationale avec un salaire et des avantages confortables. Tu sortais tous les week-ends avec tes amis, soirées en boîte, restaurant, fêtes privées… Tu pouvais t’acheter les fringues que tu voulais… Et tu as tout lâché pour… de l’incertitude, du stress, de la peur, tu navigues à l’aveugle, sans boulot, sans logement, sans amis et famille !!! Ne prends pas l’avion, fais demi-tour, il est encore temps. Cette aventure ce n’est pas pour toi, tu n’es pas Indiana Jones !
  2. Quelques secondes après, la 2ème voix intervient calmement, avec des propos posés, clairs et rassurants. Tu pars à l’aventure, vivre une expérience incroyable, pas tout le monde n’a le courage de le faire. Puis si tu ne le fais pas maintenant, tu ne le feras jamais et arrivé quarante ans tu vivras avec des regrets, un sentiment de vide, comme un puzzle dont il manque une pièce pour le compléter. Sans cette dernière pièce, tous les efforts, les étapes passées auparavant n’auront alors eu aucun sens, aucun effet. Puis, des personnes qui ne parlent pas du tout anglais s’en vont et y arrivent, je ne suis pas plus bête qu’un autre, pourquoi ça ne marcherait pas ? Oui la séparation est difficile mais nécessaire pour que je puisse avancer, apprendre à me connaître vraiment (jusqu’où je peux aller, quelles sont mes limites…). Et tout le monde te soutient, même tes parents t’ont appelé pour te souhaiter un bon voyage ! L’idée de penser à mes parents me rend triste et mes yeux commencent à s’embuer de larmes. Non, non, pense à autre chose !

Mon smartphone sonne, c’est Stéphanie qui vient d’arriver sur le terminal 2C. Heureusement qu’elle est arrivée. Je la rejoins et lui explique, paniqué, ce qui m’est arrivé depuis que je suis à l’aéroport. Elle essaie de me rassurer comme elle peut et me dit que je deviens parano mais que c’est normal de stresser avant une aventure comme ça. Quelques minutes après, Carole arrive et nous décidons de sortir prendre l’air. A peine dehors, j’ai la voix qui tremble et je commence à pleurer. Les filles qu’est-ce que je fous ici ? Comment j’ai atterri là ? On discute assez longtemps et je commence à me calmer, elles ont eu les bons mots pour me faire comprendre que mes réactions sont normales et que d’ailleurs elles trouvaient ça bizarre que je sois aussi sûr de moi et pas du tout stressé avant aujourd’hui. Oui je suis humain après tout, on peut craquer à tout moment mais ça ne veut pas dire qu’on est faible ou ridicule.

Entre temps, je reçois 3 appels, mon ex-boss et 2 ex-collègues de bureau qui sont tous devenus des amis depuis, ainsi que Mathieu. Ils me soutiennent tous et me disent que c’est la meilleure des solutions que j’ai prise.

Bon allez, reboosté,  je sèche mes larmes et j’y vais ! Après des photos avec mes 2 anges gardiens Stéphanie et Carole, je passe les filtres et arrive devant la porte d’embarquement.

Ci-dessous ma tenue pour le voyage : des vêtements confortables sans pour autant que ce soit moche !20150901_194703

Ma sister Stéphanie qui ne veut pas me laisser partir 😦

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Carole, Stéphanie qui tient mon passeport et moi -même

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Me voilà parti !

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On y est, tout se concrétise ! Pour me détendre, un peu de musique mais je n’arrive pas à reconnaître la chanson ??? Pourtant c’est mon iPod. Après quelques secondes, je reconnais la nouvelle musique de Cœur de Pirate, « Oublie-moi » et les paroles retentissent comme un message qui m’est spécialement destiné : il faut lâcher prise, quitter ses peurs, être patient, le temps efface les peines et l’on peut ainsi avancer droit devant soi.

En attendant, j’ai quand même envie de pleurer… Il est temps d’embarquer. Comme un signe du destin, la personne qui regarde mon billet avant d’aller sur la passerelle n’est autre que la gentille hôtesse qui m’a rassuré sur la validité de mon visa. Avec un grand sourire, elle me souhaite un bon voyage et bon courage à Sydney !!! J’arrive à ma place, je tombe à côté d’un couple de français qui n’ont pas l’air très habitué à voyager. Avant d’observer les autres, concentre-toi sur ta situation. Devant moi, un écran tactile, je décide de regarder ce qu’Emirates nous propose pour passer le temps. C’est assez intuitif et je tombe rapidement sur tous les films disponibles. Il y en a plus d’une centaine sans compter les séries et émissions TV, sports… Et là, en 1ère page et 1er choix de films, Emirates me propose Mad Max Fury Road !!! J’adore ce film AUSTRALIEN post apocalyptique avec une BO un peu hardrock ! C’est décidé après le décollage je le regarde. Le couple a côté de moi a l’air moins à l’aise avec leur écran et je propose de les aider. Ils m’avouent alors qu’ils ne parlent pas anglais, qu’ils sont perdus et qu’il va falloir qu’ils soient plus dégourdis car ils partent 1 an en Nouvelle Zélande en Working Holidays.

Je suis encore rassuré, j’ai l’air de mieux me débrouiller seul qu’eux à 2. A chaque fois, qu’une hôtesse ou steward viennent nous parler, ils me regardent pour que je puisse leur traduire ce qu’on leur demande (mettre sa ceinture, relever son siège et sa tablette, le choix du plat principal et de la boisson…).

Bon reprenons, où en étions-nous ? Ah oui, le décollage. Sur l’écran tactile, il est possible d’observer l’avion s’envoler car des caméras sont placées à l’extérieur de l’appareil, c’est soooooooo cooooooolllllllllll !!!! Nous sommes déjà en l’air et je n’ai pas senti que nous décollions comparé aux autres avions que j’ai eu l’occasion de prendre.

Il est temps de regarder Mad Max !!! Entre temps, une hôtesse nous sert le repas très bon par rapport à ce que j’ai pu goûter chez Air France.

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Le film se termine déjà et je décide d’en voir un autre. Bon un petit Disney pour se remonter le moral, ça sera le nouveau film Vice-Versa racontant l’histoire de nos émotions prenant la forme de petits personnages plus mignons les uns que les autres dirigeant notre cerveau et nos comportements. Tiens tiens, j’ai l’impression d’avoir vécu ce film quelques heures auparavant lorsque tout s’entrechoquait et que je n’étais plus en maîtrise de rien, ressentant à la fois la panique, la joie, la colère, la tristesse et le dégoût. Arrivé au générique de fin, je décide de dormir un peu jusqu’à l’atterrissage.

Mercredi 2 Septembre, Dubaï, 6h30 heure locale – enfin dans l’aéroport qui d’après certains est énorme. J’ai environ 2h pour aller à la porte d’embarquement prendre le boeing qui m’amènera à ma destination finale, Sydney. Je reste avec le couple de français car nous prenons le même avion qui fait une escale à Bangkok, passe par Sydney (terminus pour moi) puis termine son vol à Christchurch en Nouvelle Zélande. Nous passons la douane et décidons de boire quelque chose avant de rejoindre la porte d’embarquement. Je propose d’aller au Starbucks que j’ai repéré dès que j’ai mis un pied dans la zone des boutiques et restaurants. Je prends un white hot chocolate signature, with a low fat milk  and an hazelnut syrup (chocolat blanc chaud, avec lait écrémé et sirop de noisette). La barista me demande mon prénom et bien sûr en prenant ma boisson au comptoir je m’aperçois qu’elle a fait une faute d’orthographe. Désormais, je m’appelle Fabian ! Après, je me souviens qu’aucun étranger n’a réussi à dire mon prénom correctement : le son « ien » n’existe qu’en France donc ailleurs on m’appelle Fabian, Fabio, Fabiano, c’est plutôt marrant en fait.

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A la sortie du Starbucks je ne peux m’empêcher de regarder les autres restaurants/bar/coffee shop : leur design, leur ergonomie, la fluidité du passage des flux de voyageurs à l’intérieur de l’établissement, le plan merchandising des produits… J’ai l’impression de retourner à mon ancien boulot et je décide d’arrêter ces comportements. C’est du passé, je ne travaille plus dans la restauration et on va se concentrer sur la recherche de la porte d’embarquement même si ça ne me prend que quelques secondes.

Ci-dessous des restaurants sur l’aéroport de Dubaï

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Et me voici donc dans le boeing Emirates, en train de vous raconter les dernières heures passées, chargée en émotions, questionnement… Nous sommes bientôt arrivés à Bangkok, mon voyage n’est pas encore fini même si je l’ai déjà bien entamé.

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